vendredi 11 décembre 2015

Saintelyon 2015... c'était pas mon jour...

L'arrivée au coeur de la Halle Tony Garnier s'annonce grandiose







Je me suis beaucoup préparé pour cette première Saintelyon. Première course au delà de 50km (Septembre, Nuit des Cabornes). La Saintelyon est une course que je regardais il y a un an avec un air ahuri, me demandant comment c'était possible de parcourir de telles distances dans des conditions difficiles. 

Aujourd'hui, en ce 4 décembre, j'y suis. Je retire mon dossard et me dirige vers la plus grande aventure jamais tentée. 
Ma nuit fut bonne avec évidemment beaucoup de questions.

Il y avait quand même un peu d'appréhension au moment de quitter la maison vers 17h ce samedi 5 décembre... mais en même temps je me sentais prêt. 

Mon objectif principal est finir, car pour un premier...c'est déjà bien, surtout que j'ai fait une grosse première saison. 

Mais je me colle un objectif. Rien d'inconsidéré ou de trop ambitieux non plus avec le souhait de finir dans la fourchette 8h-9h. Je pense sincèrement avoir bossé pour y parvenir.

Quelques temps en amont, un pote du TRGV me demande pour faire mon assistance. Je n'ai jamais eu d'assistance mais j'accepte sa super attention, car demander à se geler une nuit alors qu'on pourrait rester au chaud, chapeau ! Un immense merci à Geoffrey, C'est énorme ce que tu as fais pour moi :)

J'ai donc bati un plan de course/assistance sur ces 8/9h prévisionnelles.

Mon sac est prêt, je partirais avec 2 couches, une seconde peau chaude et ma Veste Elbrouz Cimalp. Je prévois un coupe vent en plus pour m'isoler en complément si nécessaire. Je pars en short (3D Flex). "Cinglé" me direz vous. Quand on m'annonce un 6°C moyen y compris au plus haut... je me dis que ça ira largement, que je serais plus léger, surtout que je suis sensé courir tout le long et donc avoir chaud ! Je prendrais quand même mon pantalon Cimalp dans mon sac en cas de grosse avarie. Le reste est au plus léger, avec une belle autonomie tout de même en alimentation & hydratation.

#roadtostl ;)
Ma stratégie est en effet de sauter le 1er Ravito à St Christo, me refaire la cerise après Ste Catherine au KM30 (juste après le ravito) directement auprès de Geoffrey. Ensuite ce serait pas d'arrêt à St Genou, pour retrouver Geoffrey à Soucieu et me refaire sérieusement pour entamer avec vigueur la fin de course. Je prévois donc un début de course (50 premiers km) en mode sortie longue rapide (2 ravitos) et une fin plus rapide avec un ravito express grâce à Geoffrey sur Chaponost. Ça c'est le plan.

Je prends donc ma navette sans aucun problème vers 18h. Je suis assis à coté d'un américain qui vit à Londres. Je dégrippe mon anglais, le gars est super sympa. Une heure de route environ et on arrive. Passage de portique sécurisé, fouille des sacs (dispositif renforcé), je me satisfais de ne pas avoir pris de couverts... et on arrive dans le gymnase transformé en camp de réfugiés.

L'ambiance est particulière comme on me l'avait vendue ;) L'attente est looooooongue !







Vers 23h, Geoffrey arrive, je lui donne avec un peu de mal mon sac qui contient mes ravitos persos et du change. La sécurité des portiques complique la manœuvre, mais on y arrive !


Je file alors directement vers la ligne de départ pour être le mieux placé possible. 
Super placement, je suis quasi sous l'arche, juste derrière le SAS Elite où tout le gratin est présent.
L'attente sera moins longue que prévu, il ne fait pas froid !

On commence par une minute d'applaudissement sous des spots Bleu-Blanc-Rouge, une Marseillaise est entonnée, une pensée pour les vies prises par l'obscurantisme, et nos frontales en guise de réponse, lumière à fond ! Une pensée forte pour ceux qui ne pourront plus courir, être libre comme nous avons la chance de l'être.

Le speaker réchauffe l'ambiance, le décompte approche. Je suis détendu, zen, c'est cool.

A une minute environ du décompte, j'entend un bruit d'eau qui coule, comme une poche d'eau qui s'est percée. Je regarde à mes pieds. Rien. Je ne suis pas fou, je sens des gouttes projetées contre ma jambe. Paniqué à quelques secondes du départ, on est tous serrés, je me retourne et annonce autour de moi qu'une poche s'est surement percée, que de l'eau coule, car je reçois des gouttes ! Je palpe mon sac, ce n'est pas moi. Je le redis autour de moi alors que les secondes du décompte se finissent et que le départ est donné. Pile à ce moment, mon voisin de droite m'indique que mon voisin de gauche se soulageait au beau milieu du pack... heureusement, que le départ était donné et que c'était la première foulée qu'il fallait lancer. Sinon c'est autre chose que j'aurais pu balancer... 

Bref j'hallucine mais me re-concentre immédiatement sur mon départ.  










St Etienne - St Christo - 15.3 km - 1h30 - 1500e


Je veux me placer durant les 7 premiers km. Donc feu !
Je gère mon cardio (aux sensations) pour ne pas me cramer car c'est le piège. Je me place aux sensations en zone de confort, mais rapide. Strava me dira que je tournais à environ 5min/km sur cette première partie, le cardio ne s'affole pas, parfait !

Mon plan de course...
en vert le scénario possible mais optimiste,
en rouge le pire scénario.
Aux premières bosses, j'entame ma stratégie pour la suite jusqu'au point haut : marcher rapidement dans les montées pour en garder. J'exécute donc immédiatement et laisse filer un très grand nombre de coureurs. Il y du monde partout c'est d'une densité pas croyable alors que l'on est sur bitume en route large. Je commence à m'inquiéter pour les parties en single...

Sur quelques montées, je sens ma cheville droite assez raide. Ce n'est pas habituel... Je me méfie donc et continue. Vers le 10e km je ressens des échauffements à l'endroit où j'ai eu une ampoule durant ma dernière sortie d'entrainement. J'avais pourtant doublé mes chaussettes en prévision, mais ça risque de ne pas suffire.

Km15, on arrive à St Christo sous les cloches des supporters (accueil sympa). Je me résous à m'arrêter malgré mes prévisions pour assurer le coup. Après tout je suis en avance sur mon planning le plus optimiste. Je prends donc le temps de renforcer en couvrant la zone d'échauffement avec un compeed préventif et repars aussitôt sans perdre plus de temps.


St Christo - Ste Catherine - 27.3 km - 3h02 - 1700e



Je reprends du confort au pied, tout en me méfiant toujours de ma cheville. D'autant plus depuis que le parcours nous fait passer par des chemins, souvent caillouteux. Beaucoup de font mal dejà, les chevilles tournent, les genoux vrillent... Beaucoup aussi sont explosés physiquement, ils paient un départ trop rapide ou une préparation trop légère. J'imagine que ce sera un long calvaire pour certains.

A ce stade je joue l'économie. Mon idée est de rejoindre le point haut de la course sans trop puiser, donc pas de course en montée, y compris sur certains faux plats. Je ralentis peut etre un peu trop mais je me dis aussi que je serais peut etre content en fin de course. Partout autour, des coureurs, c'est stupéfiant, l'impression d'être sur une autoroute de traileurs en départ en vacances. Je n'aime pas. Mais je savais qu'il y aurait du monde alors je fais dos rond.

Je tente de manger une barre ovomaltine, et là... pas moyen de l'avaler, nausée... bordel ! c'est pas mon jour ! Je recrache ma barre, et bois un coup... ouf ca va mieux... d'habitude je les passe super bien et là, pas moyen ! Doutes...

Je suis toujours bien dans mes prevs, et me sens tout de même frais physiquement. Les jambes sont un peu tendues, mais c'est normal avec quasi 30 bornes de passées à un rythme convenable.

Je regarde mon téléphone pour me rassurer et prendre un peu d'ondes positives des messages d'encouragements, je vois un message de Geoffrey qui me dit qu'on se retrouve finalement à st andré la cote, soit quelques km après Ste Catherine. Ok no problem, je suis surtout rassuré qu'il ait réussi à trouver un coin car Ste Catherine est complètement fermé aux voitures. Même si ça rallonge mon autonomie, ça n'est pas un problème, je vais donc faire un mini arrêt à Ste Catherine. Mon chrono me le permet.

J'atteins donc Sainte Catherine bien dans la course. Au ravito c'est la guerre, les gens se marchent dessus, certains gars sont deja enroulés dans des couvertures de survie. Certains ont l'air mal en point, ca boite fort... les secours ont l'air très occupés. Je suis dans ma bulle et ne m'y attarde pas, ils sont sous controle. Je pioche rapidement un fond de St Yorre, une demie banane et repars. Je sors de la tente chauffée pour ne pas me faire piéger par trop de confort, le chauffage peut avoir un effet pervers au moment de ressortir dehors.


Ste Catherine - St Genoux - 40 km - 4h46 - 1454e



Mes jambes sont un peu tendues par cet arrêt d'activité, rien d'anormal cela dit. Mais je me mets à sommairement m'étirer (alors que je fais jamais cela d'habitude). Je m'accroupis pour étirer les quadris, me relève et essaie de repartir. Impossible de poser la jambe droite. Mon genou ne supporte pas l'appui... on est sur une descente presque directement et chaque pas me fais "chanter"... ça sent pas bon. Je suis inquiet, et me résous à avancer en boitant... au replat, j'essaie de relancer en me remettant à courir. J'ai mal mais je parviens à faire des foulées. Bon... on va faire gaffe... la cheville, toujours raide me rappelle à l'ordre par moment, et mon genou fait la gueule. Les douleurs sont gérables, j'espère que ça va vite se tasser.

KM30 Je trouve Geoffrey ! Finalement il est pile au point que je lui avais proposé sur la carte. La classe. A ce moment où le doute commençait à s'installer, j'ai un net regain moral ! Ça fait du bien de parler un peu (personne ne parle sur cette course c'est fou). Remplissage des bidons, je lui explique rapidement mes soucis, en expliquant que je vais rétrograder un peu pour assurer le coup. Il m'encourage en m'indiquant que l'important c'est de finir, peu importe le temps. C'est sage mais je veux tenir mon plan. Le genou se fait toujours sentir, mais c'est gérable. Je lui indique que j'aurais surement besoin d'un change complet à Soucieu, il fait chaud et je suis déjà bien mouillé.

KM31.5 Grosse crampe au quadri gauche ! Pu**** ! J'ai réussi à ne plus en avoir depuis ma première course hormis quelques alertes et là bim tout me tombe dessus ! Je peste ! Depuis septembre 2014 j'ai toujours su les régler avant que ca devienne des crampes. Là c'est le mur dans la tronche. Bon je râle en marchant... mais j'avance. Puis ça passe après un étirement de circonstance... Je repars en m'auto encourageant, en me disant que j'arrive à mettre un pied devant l'autre, donc que tout va bien !

La lune est magnifique, on peut voir un ciel très clair, avec un beau croissant de lune orangé. C'est le seul attrait de la course que je verrais dans cette nuit pourtant claire...
KM36 arrivée au point haut. Je devais relancer à partir d'ici, je suis assez frais évidemment..., mais mon genou semble me l'interdire avec une douleur qui s'intensifie...
La course est faite de up & down, parfois en single pierreux et piégeux. Je ne vais pas bien vite de peur de me faire plus mal encore... impossible d'avoir une quelconque visibilité. Les coureurs sont tous encastrés les uns sur les autres. On court avec 50cm de vue dans les pas de celui qui nous précède... En descente c'est la merde, j'ai toujours mal, pas l'ombre d'une amélioration et je me rends compte que la suite risque d'être longue.

KM40 la bonne blague... on arrive à Saint Genoux. Je crois que j'ai maudit le nom de ce checkpoint pour 10 générations. Je traverse le ravito avec une demie banane à la main, quasi pas d'arrêt, je repars aussi sec. Il ne faut pas que je me fasse piéger par le confort d'une tente chauffée.
Je suis toujours dans mes prévisions, mais cette fois sur la fourchette haute... j'ai fait en sorte de maintenir une allure plus lente mais correcte malgré la douleur. C'est le début de la dérive...


St Genoux - Soucieu - 51.2 km - 6h19 - 1599e



Je me rends compte que je ne pourrais raisonnablement plus tenir mes prévisions temps. Mon genou commence à m'expliquer que la suite va devoir être envisagée sans lui tout court... mais je suis bien accroché à mon idée de continuer. Il va falloir concéder. Le genou a raison, je le sais bien. Et si je ne l'écoute pas "un peu" je vais en plus me faire très mal et le regretter amèrement. Et ça je ne veux pas. Je me résous donc à alterner marche/course au mieux possible... adieu chrono maintenu tant bien que mal jusque là... C'est un vrai coup dur.

L'humidité de la nuit et le froid deviennent plus intenses autour de 5h. Je sens que j'ai tout le haut du corps trempé malgré mon coupe vent que j'ai mis au premier coup de vent par prévention... Je me dis que je ferais le point à Soucieu et que je m'y rendrais au mieux possible, quitte à devoir marcher en continu.
Oui mais le vent, la fatigue d'une nuit blanche, et le haut du corps trempé... c'est bien plus compliqué à gérer que prévu : j'alterne course et marche... je ne maitiens donc pas un niveau de température suffisant pour être confortable. Si je tourne trop lentement, je sais que ca peut me couter cher. Donc je me violente un peu et m'efforce de courir malgré la douleur du genou toujours aussi amoché. La douleur s'intensifie... mais je maintiens un niveau de température suffisant. Je me projette sur Soucieu et l'annonce d'un futur change complet, Ô combien salvateur. Ca m'aide à tenir et à maitenir la cadence nécessaire. C'est dur et je languis l'arrivée à Soucieu.

Je tiens le coup. Et arrive enfin à la vue du ravito ! Je repère Geoffrey qui m'a prévu le sac complet pour que je puisse me changer. Ca fait du bien au moral car je suis dans le dur. Je me suis bien violenté pour maintenir une cadence sans trop me refroidir.

Impossible de faire passer Geoffrey et mon sac de l'autre coté des barrières pour avoir une aide. L'orga refuse malgré ma sale mine... Bon, ben je me démerde et laisse le pauvre Geoffrey derrière la barrière. Rdv de l'autre coté.

Dans le gymnase chauffé, c'est le mouroir. Beaucoup de mecs agonisent. Les mines sont faibles. Il y a aussi quelques relais qui attendent leur tour. Je m'assoie et entame un change complet du haut. J'étais vraiment trempé et me réchauffe alors un peu. Quel confort ! C'est dingue comme ça fait du bien. Je me refais un peu également avec mon ravito perso : banane, coca, St Yorre. La vache, je reprends un peu de moral ! Je prends mon temps. De toute façon le chrono est mort et mes ambitions avec.

La mine un peu abattue, je me décide à reprendre mon chemin. Mais contrairement au chrono, le finish par contre, il est hors de question de faire une croix dessus, quitte à marcher tout le long. Je n'ai que trop reconnu le terrain de cette fin de parcours. Il n'est pas question de lâcher maintenant, alors qu'il me reste juste un semi marathon à faire. Le moral a pris cher c'est sur, mais pas encore assez pour capituler.

J'ai encore besoin de me réchauffer car j'ai visiblement morflé et je suis limite en température... Je prend mon gobelet et prends un peu de soupe bien chaude avant de me diriger vers la sortie du ravito. C'était probablement THE bonne idée, et je me dirige dehors pour rejoindre Geoffrey qui patiente au froid. Je lui rend mon sac et on décide d'avancer pour ne pas rester immobile (je devais faire peine à voir). Je suis en fait encore bien gelé même si je bois ma soupe... ça fait du bien, mais je tremble tellement que j'en viens à m'éclabousser tout seul avec mon gobelet de soupe par mes soubresauts/frissons. Je boite et je tremble. Quel beau tableau.

Avec le recul, le change complet + la soupe, étaient salvateurs. J'ai brûlé ici à Soucieu pas moins d'une 30aine de minutes. Dans l'état physique et moral où j'étais, c'était nécessaire pour engager la suite.

J'ai donc quitté Geoffrey en lui donnant rdv à Chaponost, tant bien que mal. J'irais au bout. Je ne lâcherais rien. C'est décidé donc maintenant on pose un pied devant l'autre, peu importe ce qu'il se passe autour.

Soucieu - Chaponost - 61.3 km - 8h11 - 2225e


Je quitte Geoffrey et Soucieu convaincu, et m'engage pour le long calvaire final. Je cours cette fin de parcours en moins de 2h habituellement... là ce sera pas pareil (environ 3h30 en fait...)... Mon genou est rouillé et je peine à chaque pas, la douleur a bien empiré. Par moment, en léger faux plat descendant, je tente de courir un peu... mais j'ai mal. Alors je me remets à marcher quelques mètres plus loin. Avec toujours le même objectif en tête : rallier l'arrivée coûte que coûte.

Alors que je double un groupe en marche rapide (oui c'est incroyable de doubler, mais en même temps je ne compte plus ceux qui m'ont dépassé), on m'interpelle de l'arrière.

Je me retourne et je vois Mathieu ! Incroyable ! Ça fait du bien de voir une tête connue ! Il est mal en point lui aussi, mais pour des raisons différentes : dès qu'il court, grosse envie de vomir. Il s'est résolu lui aussi à finir en marchant...

Je suis dans le dur et la douleur ne fait qu'empirer. J'ai certains tiraillements qui montent à la hanche. D'autres à mi cuisse dans un éclair de douleur. Mais ça tient...

J'ai vraiment beaucoup marché ensuite. La douleur est devenue compliquée à gérer juste avant Chaponost où je n'arrivais plus à suivre Mathieu. Je lui ai dis 50 fois de continuer seul, mais il a tenu à rester en me soutenant. Merci mon pote.

A la vue de la descente qui rejoins le rond point juste à coté du ravito de Chaponost, le mental explose. Les sanglots montent, les yeux sont humides et j'ai p***** de mal jusqu'à mi cuisse. Je camoufle, question de fierté, et de toute façon je ne veux pas abandonner. On décide avec Mathieu de ne pas faire d'arrêt, j'en suis convaincu, c'est beaucoup plus sage, car il n'est pas certain que je puisse repartir une fois le genou refroidi.

Chaponost - Lyon Tony Garnier - 72.2 km - 9h55 - 2666e


hyper concentré sur mon genou
J'informe donc Geoffrey que je ne fais que passer, par crainte de tout planter ici en ne réussissant pas à repartir. Il acquiesce et m'encourage une dernière fois. Je suis gêné de son assistance si compliquée... si j'avais été bien ça aurait eu une autre gueule !

On repars donc avec Mathieu sur cette section que l'on connait bien. Il ne veut toujours pas me décrocher pour finir sa course... C'est énorme et ça me pousse. J'ai franchi un seuil et la douleur très forts est finalement devenue une habitude, je me bouscule de moins en moins pour essayer de courir, la douleur est trop vive et j'ai du capituler mentalement... donc je marche aussi vite que possible... les descentes sont compliquées et les escaliers nécessitent une technique pour descendre sans trop plier le genou... on compte chaque montée...

Mais j'avance toujours et ne suis pas KO. Mathieu m'encourage beaucoup et c'est un vrai soutien. Aux escaliers de la Mulatière habilement décorés par Maître Arclusaz, j'applaudis discrètement pour celui/ceux qui ne peuvent plus courir... j'ai de la chance au fond.
ne rien lâcher...

On se donne comme objectif de courir une fois la passerelle traversée devant confluence. Ce sera les derniers KM. Je me mets à courir au plus tôt, je veux en finir, les dents sont serrées, je suis concentré pour finir en courant. On passe l'angle de confluence sous un beau soleil, puis c'est la traversée de la passerelle. Il y a du public partout... Le Rhône est enfin traversé...quelques dizaines de mètres... je craque intérieurement... et c'est fini... sous les 10 heures... très loin de ce que je pense pouvoir faire... mais j'ai rien lâché !

A l'arrivée, Ludo (Collet) est au micro ! c'est un plaisir d'échanger rapidement avec lui : rdv à Mirmande ;)













Un grand merci à Mathieu pour l'accompagnement final, on est plus forts à deux ;)
Et Geoffrey pour mon assistance... je te tire mon chapeau... immense merci pour ta sympathie et ton aide spontanée. Ça n'a pas de prix, surtout dans des conditions pas faciles comme sur cette aventure... Merci du fond du cœur... je t'en dois une belle !

Alors c'est chouette d'avoir fini c'est sur.

Mais le problème c'est que je n'ai pas vraiment l'impression d'avoir fait la course... pas l'impression d'avoir parcouru les 72km et m'être arraché en courant, relançant, haletant, pour ne pas perdre de temps. Il y a pas mal d'amertume.

Je n'ai pas de courbatures, pas l'impression d'avoir forcé physiquement (en dehors du genou enflé le lendemain et des douleurs associées...), je suis relativement frais . C'est particulier comme sensation. Je sais que c'est beau de simplement être finisher mais je n'arrive pas à en être vraiment satisfait.  Peut être que la suite de mon article contribue à ce sentiment...

Il y aura peut être une suite en fait... je me disais à j+2 jamais plus... puis je glisse déjà vers la revanche...

Alors c'est vraiment Mythique ?


Je me suis rendu compte que cette course, mythique pour beaucoup, n'est pas mon genre préféré (perso) pour un gros tas de raisons.

J'ai de la chance de pas avoir eu de problème de ventre
Crédit photo : La 180
J'ai toujours été franc sur mes retours de courses vis à vis des organisateurs ou autres. Je vais donc faire comme d'habitude, sauf que pour la première fois, je n'y vois vraiment pas que du positif (orga ou coureurs) ;)

Je m'excuse donc d'avance auprès des fans inconditionnels de cette course, mais voila mon avis-perso-et-objectif-qui-n'engage-que-moi-pour-cette-édition. Le passage qui suit est transcrit en "Cori Style Simplifié". Âmes sensibles s'abstenir, second degré utile par contre : 
  • Trop roulant, beaucoup de chemins et de bitume. Oui je le savais au départ mais il faut tester pour se faire son avis. Maintenant c'est sur, c'est pas là où je me régale le plus.
  • Trop, Trop, Trop de monde (c'est assez là ?) On est dans les pas du mec de devant, sans rien y voir... sans pouvoir s'en détacher sinon un autre se fout dans les 50cm qui te servent de visibilité... mais ok par contre je n'ai eu aucun bouchon. Presque 6000 coureurs sur la grande STL... impossible de courir seul, impossible de faire une descente engagée (à moins d'être en tête de peloton ou de faire comme les autres : voir le bullet point suivant).
  • Aucun respect entre les coureurs (ça bouscule pour passer au beau milieu, coups de coudes,  je m'excuse pas quand je t'enfume avec un pet bien gras et inquiétant pour l'étanchéité du collant, aucun retours sur des tentatives de discussion, apostrophes, blagounettes...)
  • Pas d'ambiance entre les coureurs (c'est simple personne ne parle, et personne ne répond). Peut être le risque de passer de la 1851e à la 1871e place ? (oui ça fait du monde à la seconde )
  • Je ne parlerais pas des ravitos que je n'ai presque pas exploités (grand bien m'en a pris à priori). Par contre la petite soupe de Soucieu, m'a ressuscité ;)
  • Beaucoup de porcs (je pèse mes mots, ça m'a choqué). Le mec qui pisse et éclabousse sans vergogne au beau milieu de la file de départ pleine à craquer, (naïf que je suis, ce n'étais pas la poche à eau d'un malheureux voisin !) Les pétomanes par bus complets (une fois par ci par là avec un "oops" ou une excuse, ok, mais là rien. Et avec 6k personnes... le nombre de concernés, ça calme). Le meilleur pour la fin : les déchets jetés au sol à foison... Je n'ai pas croisé les sacro-saintes patrouilles de disqualification éco-nomique responsable... marketing ? Greenwashing ? allez on va dire que j'étais trop concentré pour m'en rendre compte... elle était forcément à l'oeuvre, pas vrai ?
  • Pas possible de faire entrer son assistance au ravito... vraiment pas pratique, mais bon à la limite je peux comprendre (en même temps je découvre le simple fait d'avoir une assistance)
  • Pas eu de problème de navette à l'aller, j'ai pris l'une des premières vers 18h. Prévoyant ;)
  • Retrait du dossard sans aucun problème non plus, retrait le vendredi 4 ou soir. Prévoyant encore.
  • Le Tshirt Finisher Mizuno ? une blague, c'est pas du Mizuno et il n'y a ni l'année ni le numéro de l'édition... heureusement qu'on vient pas pour un tshirt...
  • Le Bonnet de la dotation de départ ? je suis pas un gros gabaris et j'ai 3mm de cheveux donc ça me va en mode "bonnet de bain". Les autres c'est forcément plus compliqué...
  • Note pour la suite, ne plus prendre le suivi live SMS, ça pop une heure après le livetrail sur le net...
Voilà, voilà... C'était donc ça la doyenne des courses nature ? Plutôt ce qu'il en reste je pense. Bien dommage que l'esprit se perde. C'est pas ce qu'on m'avait présenté-avec-amour-et-yeux-qui-brillent ;)

Plus haut dans le peloton, je n'ai aucun doute sur le fait que "certaines" choses se déroulent mieux (moins de monde concentré au m²...). Mais la majorité des autres coureurs ne peuvent pas en profiter... et c'est dommage.

Pour finir sur une note constructive, mon humble avis : Il faut revenir à un meilleur rapport qualité/rentabilité, et ça passe indéniablement par une réduction du nombre de coureurs ! 

Pour l'heure, si je reviens quand je reviendrais sur cette course (parce qu'il ne faut jamais dire jamais que je veux ma revanche), c'est soit pour accompagner un pote, soit pour exploser ce chrono décevant que j'ai sorti, soit pour tâter de la 180 dans un tout autre esprit... 

Et la santé ?


Les ampoules ont été épargnées par le compeed. Tout va bien, j'ai bien fait de m'arrêter pour le mettre ce pansement. Ma cheville me fait la gueule, elle ne me parle plus... faut dire que je ne l'ai pas sollicitée depuis Ste Catherine. Elle reste raide, mais on va donc dire que ça va. Pour les doigts de pieds, à part encore un bel ongle noir à venir, tout roule.

Et le genou ? J'ai subis ce qui semble être une sacrée belle tendinite... plutôt située vers l'insertion du quadri. Faudra que je confirme par une révision chez l'ostéo tout de même. Pas vraiment de TFL à première vue.
  • J : Doliprane le soir même. Pas d'anti inf j'aime pas ça, je ne veux pas camoufler.
  • J+1 Lundi, j'ai bien boité... Douleur bien présente. J'ai passé toute la journée à la saint Yorre + 1L jus de cranberries. Cataplasme d'argile verte toute la soirée, nuit avec le genou (bien enflé) qui baigne dans l'arnica en huile... 
  • J+2 au petit matin le genou a bien désenflé, Douleur légère, surtout à la sollicitation un peu active + changement de stature. Avec un beau superbe retour fonctionnel qui me fait marcher presque normalement. Même technique de boissons (jus de citron cette fois) sur ma journée, idem en médecine naturelle pour ma nuit. 
  • J+3 le genou encore un peu enflé mais totalement fonctionnel avec presque plus de douleur. Idem que J+1 sur ma journée et ma soirée/nuit. 
Bref ça sent bon et plutôt rapidement. On dirait bien qu'il n'y a pas de dégât sérieux, mais juste une belle tendinite. Les douleurs résiduelles me laissent penser à un truc déplacé an niveau du genou... on verra ce que les spécialistes disent...

Je bascule donc en coupure annuelle au bon moment, il ne s'agit pas de reprendre là dessus. On va pas remettre les chaussures avant fin décembre. Reprise en guise de Cadeau d'anniv ou papa Noël, si tout va bien, enfin on verra ;)

Allez, Happy End quand même ?


Ça fait maintenant à peine plus d'un an que je fais du Trail. Je crois que je n'ai pas le droit de me trop me plaindre car tout a plutôt bien marché en une seule année.

Je fini ma saison par une introduction (oui seulement une introduction, un apéro...) à l'ultra trail... Je pensais batailler physiquement... mais j'étais prêt et j'ai finalement découvert, pour d'autres raisons qu'une prépa trop limite, la mise en oeuvre de ressources qui dépassent l'aspect physique.
La blessure (minime je pense) m'a appris ou démontré comment mesurer, qualifier et résister à la douleur. Sans faire n'importe quoi non plus et se compromettre définitivement. C'est riche d'enseignements et je pense, un véritable premier pas vers l'ultra : je dois encore prendre de l'expérience !

Ce que je peux dire c'est qu'il y a (de mon modeste point de vue) un avant/après une première Saintelyon. Alors au delà des aspects business et compagnie, c'est peut être là qu'est son coté Mythique ?

Le débat est vif, certes, mais finalement... malgré tous mes retours perso... elle ne laisse pas totalement insensible cette doyenne des courses... (il m'aura fallu quelques jours pour en arriver à cette conclusion... )

Donc oui... Happy end. Tout cela va me servir c'est certain ! On digère l'année avec une bonne  et nécessaire coupure annuelle et c'est reparti ;)

A très bientôt avec de beaux projets !




4 commentaires:

  1. Mouai, c'était pire que ce que je pensais alors...

    Pour la tendinite: que ce soit interne (patte d'oie) ou externe insertion au péroné) c'est probablement un déplacement osseux.
    J'en suis à mon 3eme... un petit coup d'osthéo et ça devrait le faire

    bon ça restera pas dans les anales (sauf le tien), cette participation. Soignes toi bien qu'on aille envoyer du diot sur des endroits plus sympathiques !

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  2. Merci Viking ;) On verra ce que dis l'ostéo ! Je suis optimiste

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  3. Une première édition pour moi également . Ravie de lire un nouveau CR. Bravo pour ta course : J'étais de la liste des coureurs que tu as dû doubler sur les 30 premiers. Comme toi, d'abominables crampes, mais elles se sont calmées ( à peu près ) au passage du marathon. J'ai donc pu remonter... J'ai adoré cette course, mais comme toi, il me faut ma revanche: Malgré mon "pavé de bronze", comme toi, je suis insatisfaite de ma course. Retour en 2016 ;) Merci pour la lecture !

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    1. Merci pour ta visite et la looongue lecture de ce CR :)
      Bravo à toi d'avoir fini, il est vrai que c'est deja le principal pour une première fois !
      Et puis cette idée de revanche pour la fois suivante... c'est quand même super motivant pour tout donner au prochain rdv !
      Bonne chance à toi en 2016 :)

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