mardi 30 août 2016

La pluie, la boue, et l'UT4M 100 Master


Par où commencer... pas facile de parler d'un objectif de saison et difficile de parler seulement de la course. C'est tellement de construction avant d'y être.

Cet article sera un peu long -mais vous commencez à avoir l'habitude maintenant- Sorry ;)

J'ai choisi l'UT4M car je souhaitais l'environnement le plus favorable pour réussir mon premier ultra.

Un parcours magnifique et difficile avec des passages qui me font rêver : Belledonne avec la croix de Chamrousse, les lacs Roberts, le refuge de la Pra et l'ascension au Grand Colon....puis Chartreuse avec son col de la Faita, l'Emeindras et la redoutable Chamechaude...

A cela s'ajoute l'ambiance, réputée familiale, simple et qui véhicule une bonne humeur avec des bénévoles parait-il exceptionnels -qui pourraient même me sauver en cas de coup dur-.

98km 6000D+ annoncés, pour un parcours difficile, certes, mais je sais que ma motivation est aussi grande que les environnements que j'aurais la chance de pouvoir admirer.

Bref sur le papier, l'UT4M est parfait pour mon challenge. Je signe.

Ca, c'est ce qui était prévu...



Commençons par la préparation 


Fin de bloc dans un Pilat magnifique mais sous une très grosse averse
(sur les traces du Pilatrail).
Je ne me doutais pas de l'utilité de cette sortie...
Elle fut sérieuse ! C'est ma deuxième saison de Trail, alors j'en ai mangé des charges... un paquet.
Si bien que j'ai finalement réalisé autant de km/D+ que l'année dernière, mais à mi août ! 1700km 45000D+ seulement pour le running. J'ai aussi beaucoup fait de vélo (plus que l'année dernière là aussi).

Ma prépa s'est bâtie sur une grosse base de qualité que je n'avais jamais réalisé avant : premiers fractionnés en Février). Base que j'ai renforcé -progressivement- par du long (avec notamment 1 semaine bloc) et du rythme.
Ma semaine type est passée de 50km à aujourd'hui autour de 65/70km. Avec quelques semaines au delà de 70, jusqu'à 100 pour ma semaine choc.

Dernière sortie avant la course dans le Diois au Comptoir à Moutons
Mes quelques moments clé -voire déterminants- pour cette préparation auront été :
- Mars : Trail des Cabornis 44km 2500D+ en 5h12
- Mai : Aventuriers de la Drôme 67km 3500D+ en 9h19
- Juin : Semaine choc avec un finish dans le Pilat
- Juillet : 6000D+ 65km 3500D+ en 10h02

Beaucoup d'apprentissages évidemment, et d'erreurs que je tente de ne plus reproduire.

J'en profites pour vous remercier tous, de vos expériences, conseils et astuces. J'ai beaucoup appris (et encore à apprendre) grâce à vous et vous n'êtes pas étrangers à cette aventure.

Et pour le matos ? 


Au delà de la préparation, le matériel est une des clés de la réussite en Ultra Trail . Je n'aurais pas cru à ce point.

Je vais vous passer en revue les éléments qui ont pour moi été fondamentaux dans la réussite de cette aventure :

- Veste Storm CIMALP : Malgré les hallebardes que j'ai pris sur la tête, elle m'a assuré -et rassuré- comme jamais.
- la NOK crème anti frottement pour les pieds. C'était obligatoire avec toute cette eau. Les pieds ont baigné pendant toute la durée de la course, et le bilan est excellent : zero crevasse et zero ampoule. Aucun ongle noir non plus mais la NOK n'y est pour rien ;)
- Altra Lone Peak : Confortables pour Belledonne (repli), et même détrempées aucun échauffement ni ampoule à mon arrivée à la base vie. Des pantoufles.
- Altra Superior : Magiques. Une accroche salvatrice dans la boue de Chartreuse et une superbe foulée -naturelle- jusqu'à l'arrivée. J'ai vraiment adoré. Là encore aucun échauffement ni douleur.



Pour le reste 100% CIMALP : Tshirt Perfect en Belledonne, Tshirt 3DFlex en Chartreuse, chaussettes, Shorts 3DFlex... Un grand merci à CIMALP pour tout, la gamme trail est de très grande qualité.


Poids du sac sous les 4kg avec les gourdes pleines. Je complète mon sac 5l par une Flipbelt et roule !

Ah, et sinon, toujours pas de bâtons ;)

Le grand saut 


A quelques jours du grand saut, le mental me joue des tours. J'ai beaucoup douté : ai je fait assez de D+ ? n'est ce pas trop tôt pour moi ? je suis à l'aise jusqu'à 10h de course, mais après ? est ce que j'ai assez récupéré de ma 6000D d'il y a 3 semaines ? 

La pluie est mon cauchemar et la météo l'annonce continue... Bref. Mais tout le monde est rassurant autour de moi et ce mélange d'anxiété et d'excitation devient rapidement une formidable envie d'en découdre.


Vendredi 19 août, nous arrivons en famille sur Grenoble. Je suis content, pour la 1ere fois Julie (ma femme) sera présente sur place pour m'aider à la base vie.

Retrait du dossard, dépot du sac de délestage pour la base vie de Saint Nazaire les Eymes, récupération de la dotation coureur (de chouettes tongs !)...

On attend le briefing de course pour savoir si le parcours de repli est de sortie mais il est décalé en début de soirée. Ca aurait été le coup de grâce pour les enfants, donc nous quittons le palais des sports. De toute façon ce sera : On garde tout le matos obligatoire, parcours de repli quasi assuré...

La communauté Kikourou me le confirmera dans la soirée... Pas de Croix de Chamrousse, ni rien d'ailleurs. Reste peut être Chamechaude, mais ce n'est pas sur du tout. C'est un coup dur pour moi... la déception est très grande même si la sécurité prime évidemment. La course s'annonce copieusement arrosée... ce sera difficile. Le scénario que je redoutais quoi.

Petite soirée sympa chez nos amis Gégé & Claude que je remercie encore pour tout... et c'est le dodo...


C'est ici qu'il faudra ramener le Dossard 5288 ;)


Un début de course sage 


Réveil 6h00, je mets la tenue de combat et décolle presque aussitôt.

Arrivé sur place il y a deja du monde, je rentre dans le sas au plus tôt et retrouve rapidement l'ami Christian (Kikourou). 

La pluie ne tombe pas encore vraiment, du moins que quelques gouttes alors nous ne mettrons la veste que 5 minutes avant de finalement la ranger aussitot...

Vœux synchronisés : pourvu qu'il pleuve le plus tard possible.

















Pour une fois, départ très sage, on se place quand même et après une petite boucle de chauffe nous voila partis dans la première ascension qui doit nous monter à Arselle.

Christian avait prévu de grimper à 700m/h... et finalement on monte plutôt autour de 800... Bon pas grave ça se passe bien alors on fait aux sensations. On est plutôt bien, il ne pleut pas, pourvu que ça dure !

Certains passages sont bien pentus et Christian me distance naturellement avec ses batons... il grimpe bien ! Je parviens à le rattraper à chaque replat ou descente bref on a notre rythme :).




Après cette bonne grimpette, quand même assez raide par endroit, nous arrivons dejà à Chamrousse.
J'ai été quelque peu étonné car je m'attendais à avoir le ravito et la civilisation beaucoup plus loin en fait.



Et puis une fois en station, nous avons le plaisir de croiser Vik qui fait bénévole pour l'UT4M en attendant son Echappée Belle du Weekend suivant.

"T'as vu Vik, j'ai bien suivi tes conseils ! Je n'ai pas couru en montée ! haha"












Il immortalise donc notre passage express et on apprend que l'on ne va pas à Arselle. Le ravito est déplacé au Recoin soit à quelques hectomètres, pour ensuite rejoindre les Seyglières, prochain ravito : Freydières.

Et bé... On aura pas fait Belledonne quoi. Je me dis à ce moment là que tant pis de tout façon, c'était deja bien tranché et qu'Arselle n'est pas le plus joli du coin. Foutu bulletin météo !

Mais toujours pas de pluie... Mister météo a quand même un peu de retard ;)

Chamrousse Le Recoin - km13 - 103e - 2h13 de course


On fait un plein express, surtout Christian bien mieux rodé que moi : je découvre l'astuce du ziploc-ravito-à-emporter. 

Alors que je mange et bois sur place rapidement, il rempli son sac pour repartir peinard et disposer d'une réserve ! Bonne idée je note pour le prochain ultra !

On monte maintenant un peu dans les pistes de Chamrousse... jusqu'à une vue sur le Grand Colon bien sombre avec gros nuages gris foncé autour... là haut çà doit pas être bien chouette !












Les petits replats ou descentes entre les paliers sont agréables et on papote tranquillement à un rythme confortable. 

Je me régale sur un sentier hyper technique en longeant un torrent, fait de racines entrelacées et de cailloux piégeux... un régal, ce sera ma pépite sur tout Belledonne, version repli. 

Au passage à cet endroit, nous doublons un grand nombre de dossards rouge (160 Xtrem). Ces gars forcent le respect, il avancent lentement, parfois bien entamés en galérant sur chaque appui... Ils ont tous mis le pantalon pluie et sont déjà bien boueux. Avec ces conditions, je suis admiratif et les encourage tous un par un en les dépassant.

Certaines pentes sont bien raides et dans celles ci je peine quand même un peu à suivre Christian, il trace avec ses bâtons !

Et puis la pluie arrive... ça y est cette fois c'est bien parti. Mon moral prend un coup... même si je m'y étais préparé. Une fois bien redescendus, une montée de 400m D+ nous attends. Je décide de laisser filer Christian pour ne prendre aucun risque : je veux juste finir ! Nous étions alors vers le 21e km, 3h15 de course. 

Je le sentais en forme et c'était visiblement bien le cas pour qu'il finisse 48e ! Chapeau Maître Christian ;)

C'est à partir de là que les choses se sont compliquées pour moi. Je passe la montée sans problème, calmement comme prévu, sous cette pluie... Il faut reconnaître que ça me pèse bien sur le moral. 

J'arrive ensuite sur une piste terrible... d'une monotonie incroyable en léger faux plat... je n'en voit pas le bout et ça pleut...ça pleut et ça me mine... J'alterne marche course par moment... le moral n'y est pas, je réalise que j'avance sans aucun plaisir. 

Belledonne est déjà bientôt fini, sans point d'intérêt, et j'espère au moins faire l'ascension à Chamechaude.

Freydières - km27 - 108e - 4h10 de course


J'arrive finalement au ravito en courant bien. Il est monté sous une tente où il fait chaud et bon être pour échapper un peu aux hallebardes qui tombent du ciel. La tente est bien remplie. Les mines  des coureurs assis sont déconfites... deux sont allongés sur des lits de camps...

Mais j'ai été accueilli, au sens noble du terme, par un bénévole au top. Il me souhaite la bienvenue avec un grand sourire, me prépare une soupe, me demande si il elle me plait et ce qu'il me faut de plus. C'est tellement amical que je m'exécute et je lui tend mes gourdes en lui demandant une de saint Yorre et une d'eau plate. Je prend mon temps en me rappelant que mon seul objectif est de finir. Je me refais bien grâce à sa soupe magique. MERCI.

J'en profite pour lui demander si l'on monte à Chamechaude. Et c'est le coup de grâce. Niet, Nada, Que dalle... On ne monte pas. Quelle manque de chance. La seule journée de pluie qui fout tout en l'air. Parcours amputé de 18km et env 1400D+ au total. 

Je retiens beaucoup de chaleur humaine à ce ravito, des choses simples c'est sur mais qui m'ont remis en selle pour amorcer la descente vers Saint Nazaire les Eymes. Le contraste à la sortie de la tente est beaucoup plus terre à terre. Il pleut toujours et fort.

Un bénévole m'annonce la descente très glissante, et même dangereuse par endroit. Bon... prenons notre temps...

Effectivement certains passages étaient bien boueux, en descente, sans gros crampons et sans bâtons, j'ai parfois fait un peu de ski. Les Lone Peak qu je porte ne sont pas faites pour ça... je languis mes Superior bien plus appropriées.

Une fois en bas ; il pleut encore bordel. Je l'ai maudite 100 fois cette pluie. C'est du bitume un moment, puis on rejoins un sentier -plat-. Grosse rechute morale. La pluie me mine c'est terrible. Je n'ai vraiment aucun plaisir. Alors je marche. Je me fais doubler à la chaîne mais je m'en fout. 

Pas de Belledonne et adieu Chamechaude... Les chemins du repli ressemblent beaucoup à ce que je connais deja, Monts d'Or, Monts du Lyonnais, Pilat... une pluie omniprésente... le mental vole complètement en éclat. Je réalise que ce qui me plait dans le trail c'est les environnements, que j'ai besoin de ces carottes pour avancer. Là j'en ai eu aucune, et je le vis mal. 


Faudrait que je m'alimente, mais je m'en fout, j'ai décidé de bâcher à Saint Nazaire. Je n'ai pas envie de faire des bornes juste pour dire d'avoir fait des bornes.

Au fond du seau, alors que je suis frais... La pluie se met alors à se calmer.

Après une longue traversée vers Saint Nazaire en bagarre avec moi même, je me remet à courir pour arriver à la base vie. La vue de ma femme et des petits la main tendue fait un bien fou même si j'arrive en râlant, je tape la main des petits présents, et ça fait du bien...

Saint Nazaire Entrée - km40 - 133e - 6h08 de course


Un fois rentré à la base vie, ma première fois finalement, c'est assez impressionnant, y a des mecs au bout de leur vie, des gens qui soutiennent, et l'organisation qui est présente pour les sacs, les ravitos...

Je raconte ma situation et mon envie de bâcher à Julie et Gégé...

Je décide de d'abord reprendre un peu de confort, peu importe le temps passé. Une bonne douche chaude, change complet, bascule en Altra Superior, deux soupes, on discute, il y a les enfants, les amis, Julie est aux petits soins et m'apporte son aide.
Pour une première assistance c'est très réussi... Merci d'avoir été là...

Et puis à force de discuter, le confort retrouvé, Julie me lis les messages sur Facebook... et je me dis que je n'ai pas le droit de bâcher avec autant de support et toute la préparation accomplie.

Je suis loin d'être à l'agonie, seulement bien frustré. Le moral revient et se transforme finalement en un "j'y retourne, je veux finir, je serais à Grenoble avant minuit".

J'ai passé une heure sur cette base vie. Une heure pour me convaincre ou me laisser convaincre de repartir ?

Saint Nazaire Sortie - km40 - 186e - 7h09 de course

Je quitte la base vie avec une barre à la main pour la manger en route. Il ne pleut plus pour le moment, je suis au sec, j'apprécie mes chaussures sèches et mes pieds bien NOKés, le sourire revient, les jambes sont légères.

Le moral a complètement basculé, c'est fou comme on peut être changeant avec la météo. Une découverte pour moi...

J'ai décidé que je terminais, la détermination prend le dessus. Une autre course commence, et me voilà prêt pour affronter le Col de la Faita, réputé difficile, mais finalement le dernier gros morceau.

Je peux vous dire que complètement détrempé c'est un sacré bazar. Enfin surtout sans bâtons. Le début de l'ascension est un bourbier ou une patinoire, comme vous voulez, avec une inclinaison de 30 à 40% par endroit. Je suis obligé de faire l'équilibriste pour avancer, parfois je redescend, parfois je me sert d'un arbrisseau pour me hisser. Même mes gros crampons ne suffisent pas. Heureusement que j'ai plus les Lone Peak ! 

Puis la pente se calme un peu, la boue est un peu moins présente et je me surprend à monter à très bon rythme. Au point de doubler ! Mais l'envolée est rapidement calmée par une nouvelle salve de bourbier... de la boue bien pâteuse cette fois. Les godasses n'arrivent plus à dégorger... on a tous 2 ou 3cm qui enrobent la chaussure. 2kg à chaque pied c'est une joyeuse procession qui essaie d'avancer. Entre coureurs on se marre car franchement, c'est cocasse. Même avec les bâtons c'est une grosse galère... moi je m'aide de la végétation !

Ce passage m'a fait penser aux Cabornis 2016 que j'ai couru au mois de Mars avec ses torrents de boue... une bonne préparation pour l'UT4M !

On arrive alors sur une crête, la pluie n'est toujours pas retombée pour le moment. J'ai une belle vue , la première, sur la Dent de Crolles cernée par les nuages qui menacent. Enfin un peu de plaisir !




Et puis on rejoins un morceau courable... ça fait du bien d'avoir la boue qui vole à chaque foulée ;)
Pour éviter une hypo que je sens arriver, je me cherche un tronc et m'assoit en regardant les autres monter tout en mangeant une barre. Un coureur vient finalement me rejoindre. J'aime bien ces moments simples. Je fais la rencontre de Dung, un Normand qui court depuis 3ans, on discute un peu en mangeant un bout et nous repartons ensemble.

On discute pas mal et nous débouchons alors sur une superbe vue sur Chamechaude. C'est chouette, et je sais que je serais obligé de revenir pour y monter. On passe ensuite l'Emeindras et ses vaches. Descente roulante, c'est cool.



A force de parler, le temps passe plus vite et nous rejoignons le ravito O combien réputé du Habert de Chamechaude.



Habert de Chamechaude - km53 - 185e - 10h22 de course

L'accueil y est exceptionnel. 

Ravito festif, on m'accueille à bras ouvert au sens propre du terme pour me récupérer de la pente glissante qui fait office d'entrée. Quel accueil ! Là aussi, prise en charge par les bénévoles, hop une soupe. Je refais le plein des flasques, fais un petit crochet par l'intérieur du refuge pour découvrir un beau feu de bois qui fait du bien au coeur et au corps. Je me requinque un peu, ressort pour profiter de l'ambiance. Ça déconne, commence à parler bouteille de Chartreuse, génial... Je prends mon temps, un bout de pastèque (chapeau pour l'avoir montée ici !), et je quitte le ravito revigoré en remerciant l'équipe tout en les applaudissant. 

A partir de là, la redescente s'engage, elle se fait en single au début, parfois avec beaucoup de boue, et sous une pluie très régulière finalement devenue familière... Je me suis amusé sur cette descente, repris beaucoup de coureurs... et me prouve que sans plaisir, je ne sais pas avancer. Bougre de mule. J'ai besoin de ma carotte que voulez vous... 

Et puis la pluie s'est transformée en très grosse averse, de celles qui te trempe jusqu'aux os en 5min quand tu n'as pas ce qu'il faut sur toi. Merci CIMALP pour cette Veste Storm... Les chemins deviennent des ruisseaux, je me retrouve nettoyé de la boue. Impensable. 
Je me souviens de ma semaine bloc et cette sortie Pilat où je m'étais fait rincer sous des trombes d'eau. Encore une préparation à cet UT4M finalement. 

Je rejoins heureusement vite un segment de bitume à grandes foulées et je m'enfile direct dans le ravito suivant : le Sappey !

Le Sappey Entrée - km61 - 166e - 11h46 de course

Je me suis bien fait doucher. 

Là encore ravito de dingue. Pareil on me prend en charge, hop la soupe magique, puis une autre. 
Une ambiance dans le ravito superbe, des sourires et une sympathie générale qui m'a marqué.

Même plus besoin de se lever, ils s'occupent de tout. Je n'avais jamais vu ça. Nous autres coureurs sommes traités comme des rois. 

Mieux encore, le contenu du ravito : blanc de poulet, saucisson, pain, fromages, des fruits !! Melon, abricots... J'ai pris mon temps j'avoue... mais c'était trop bien ! (et trop bon)

Puis ils ont dégainé les bouteilles de Chartreuse... alors j'ai fuis, j'ai honte à l'heure où j'écris ces lignes ^^. Je reviendrais là aussi.

Le Sappey Sortie - km61 - 158e - 12h01 de course


Quand je quitte le Sappey, un quart d'heure après mon arrivée, la lumière a bien chuté. Les nuages sont bien chargés et la nuit commence à tomber. Il pleut toujours mais moins fort qu'à mon entrée.
Du coup à peine dehors je fais demi tour pour aller mettre ma frontale au sec. 
Hop ! Mode Nuit activé ! 

Je cours (oui toujours) vers le Saint Eynard, une bosse de 250D+. Sous la pluie la nuit, dans une boue omniprésente. J'ai pensé à Zinzin Reporter et son grand raid de la Réunion. C'était tout à fait ça.
J'ai pris mon mal en patience pour cette grimpette, quand même un peu saoulé par ces conditions.
J'en profite pour faire une parenthèse et féliciter une nouvelle fois la qualité de l'organisation : le balisage est PARFAIT de jour comme de nuit. Impossible de se perdre à moins d'être complètement cramé ;)

On fini par percer sur la crête avec une vue sur tout Grenoble illuminé. J'ai pas pu vous faire une image (encore une fois) car il pleuvait encore pas mal. Grenoble apparaissait lumineuse, légèrement dissimulée par une brume et la pluie qui tombe. Un flou naturel assez joli qui m'a projeté vers la fin de course : j'arrive !

Mes jambes sont toujours en bon état et je me cale dans les pas de deux gars qui peinent visiblement... Je double donc pour me mettre à courir sitôt la partie casse gueule passée. Je déroule bien dans la descente en S jusqu'à me retrouver seul et arriver au ravito suivant : le Col de Vence.

Col de Vence - km69 - 158e - 13h31 de course


Cette fois ça sent l'écurie, dernier ravito avant la ligne. 

Les bénévoles sont toujours très accueillants et me renseignent sur la suite du parcours : une bosse de 200D+ et c'est la descente et du plat ! Je fais rapide pour une fois, remplissage des flasques, bouts de sauc', 3 bouts de pommes et je repars en les mangeant.

J'aborde la montée en marche rapide, avec près de 14h de course dans les jambes ça commence un peu à se sentir.
On passe le Mont Rachais, on redescend sur le Mont Jalla, Bastille et enfin il ne pleut plus.

La redescente est sacrément usante, c'est un nombre incroyable de lacets de cailloux qui viennent te finir les quadris. Je cours à bonne allure (compte tenu de ce qui a déjà été fait), et je double un bon nombre de coureurs plus mal que moi. 

Je retiens surtout un 160 en piteux état qui m'a marqué, il n'arrivait que difficilement à poser ses pieds... et ne voulait pas d'aide. La fin a du être interminable pour lui.

Une fois Bastille complètement descendue, Retour à la civilisation et entrée dans Grenoble : plus que 3km. Je suis une belle ligne verte qui fait le balisage en ville : traversée sur le pont de l'Isère, puis des rues piétonnes (rue de la soif parait il).

Les gens que je croise m'encourage et je dois dire que c'est assez amusant de passer en courant au milieu : ça contraste.

Je reprends encore quelques coureurs et me lance dans un finish au sprint dans le dernier virage du parc Mistral, Julie est là avec l'ami Claude pour m'accueillir. Je passe la ligne avec le sourire. 
Ça c'est fait ! 


Grenoble Arrivée - km80 - 148e - 14h59 de course


Je suis bien, pas déglingué, faut dire que j'ai profité, au moins sur un bout du chemin, mais surtout dans les ravitos avec les bénévoles.

La bière du Finisher :
Brassée à Sassenage, et teintée
par....la Spiruline ;)
J'ai bouclé ma course -de repli-. 80km 4600D+. Un peu amer c'est sur, pas l'impression d'avoir bouclé l'UT4M et pas l'impression d'avoir relevé le challenge que je m'étais fixé pour cette année à savoir flirter avec les 100 bornes en montagne dans mon premier ultra trail.

Mais quelques jours après, je me rends bien compte que c'est déjà bien beau d'avoir juste fini, surtout dans ces conditions. C'était mon objectif même si je souhaitais évidemment faire mieux. J'ai pris de l'expérience, et c'est finalement tout ce qui compte, les défaillances surmontées me resserviront.

Ce qui est sûr, c'est que cet UT4M a un goût de reviens y, pour un sacré gros tas de raisons.
Les bénévoles bien sur... la qualité générale de l’événement, un parcours que je rêve toujours de parcourir, et puis le petit je-ne-sais-quoi. 

"Là où la magie se produit" ? Certainement...


En attendant, je vais profiter un peu et commencer doucement à penser à 2017, même si il y aura encore quelques dossards pour bien finir l'année !

Je finirais simplement par tous vous remercier de votre soutien c'est une très grande aide. 

Spécialement à Julie car c'est important pour moi de pouvoir lui partager et la faire participer à ces moments, devenus mon équilibre depuis 2 ans.

Et particulièrement à CIMALP, Lionel et Marie, car votre soutien est une sacrée aide pour réussir ces défis... MERCI pour tout.




mardi 9 août 2016

Fin de prépa à la 6000D


La dernière fois que j'ai porté un dossard, c'était au Duo de l'Hermitage fin mai.

J'ai axé mes mois de juin et juillet en préparation dédiée pour mon UT4M 100 Master du 20 Aout, objectif majeur de ma saison 2016 et baptême d'ultra trail.

Dans cet intervalle, j'ai beaucoup travaillé et donc absorbé beaucoup de charge (à mon modeste niveau). Pas de pression et un fonctionnement vraiment aux sensations.

Je me suis prévu une première semaine "choc" mi juin (100km 2800D+ & 52km 850D+ VTT) et il me restait donc un deuxième bloc test à caler peu avant l'UT4M. Pas facile de fixer une date et sélectionner un endroit... planning compliqué... il faut jongler avec les vacances, les déplacements, le taf... et puis finalement, voila que je gagne un dossard pour cette 6000D le 30/07.

Calcul rapide : UT4M 3 semaines derrière, le boulot est fait de toute façon je ne pourrais plus rattraper les manques... allez zou, je ferais 3 semaines de récup/maintien/jus et ça devrait le faire !

Voila mon dernier bloc ! C'est donc après 2 mois de boulot sans dossard, que je m'engage sur cette 6000D en guise de test pré UT4M.

Cette course a plusieurs avantages pour ma préparation :
- elle est constituée d'une vilaine montée de 2800D+ sur près de 30km
- elle s'en suit d'une longue descente sur près de 30km avec un vilain coup de cul ravageur de 450D+ juste après le glacier (3050m)
- l'altitude est un facteur que je ne maîtrise pas du tout
- j'ai fait très/trop peu de sortie montagne



En gros parfait pour tester ma capacité à prendre du D+ en cote (très) longue, parfait aussi pour analyser dans quel état je serais sur une longue descente avec une grosse ascension dans les jambes. Le tout en montagne, bref une belle répétition sur un profil finalement assez logique en vue de mon UT4M qui ressemble à 2 petites 6000D enchaînées. Hors technicité du terrain bien sûr (Ô Belledonne si tu m'entends... range moi vite ces cailloux...).

Comme le hasard fait bien les choses, j'ai l'ami Bruno, mon binôme des Aventuriers de la Drôme qui est lui aussi de la partie ! C'est bon ça !
Il est accompagné d'autres membres du TRGV pour l'occasion : Natacha qui est engagée avec nous sur le grand parcours, Cyrille et Caroline qui nous suivront de point en point. + la petite famille de Natacha. Bref au top.




Arrivée à Aime, retrait du dossard sous un soleil de plomb ! Je retrouve rapidement les amis et on file se poser à la base de loisir autour d'une petite bière bien fraiche. Vu la météo, ça s'annonce très chaud pour le lendemain, faudra pas traîner car le soleil fera mal.

Nous rejoignons ensuite la location de Bruno à la Plagne 2100, où la vue est superbe et projette déjà sur l'épreuve du lendemain.


















Coté matos (Cimalp), le Tshirt Perfect sera une nouvelle fois de sortie, Short 3D Flex, buff... En pneumatique je pars sur mes charentaises devenue habituelles pour le long : Altra LonePeak. Une veste Storm dans le sac pour le glacier et les éventuelles averses annoncées, des barres et pâtes de fruits (j'en ai largement trop pris).

Ah et non, pas de bâtons ! Si je tiens pas ce genre de balade, j'ai aucune chance de finir mon UT4M pas vrai ? alors ce sera une bonne dernière séance de renforcement & casse de fibres.

Bref, on passe une bonne soirée et nous calons le réveil à 3h55 ! Ouais chaque minute de sommeil est bonne à prendre...

Une classique du Trail Français


Le réveil sonne... pas assez dormi évidemment, mais pas si mal pour une nuit d'avant course.

Mode automate enclenché : on met la tenue de combat, remplissage des gourdes, check up.


Ah, nouveauté, je pose le transfert du profil de course sur mon bras. Merci la dotation de départ, ça permettra de tester ce "gadget" à priori utile mais allons y directement : pas lisible, s'effrite rapidement au frottement. Dommage l'intention était très bonne.


Nous nous réveillons donc en voiture le temps de redescendre à Aime. Le départ sera donné à 6h.

Sur place, j'en profite pour saluer Ludo toujours aussi en forme le micro à la main, ainsi qu'Estel qui nous fera une superbe 9e place (costaud notre Drômois !). Une fois packés et bien placés à quelques mètres du sas Elite, j'ai le plaisir de retrouver Nicolas (Lyon) lui aussi engagé sur cette bataille.


Après une minute d'applaudissements ininterrompus en l'honneur de ceux qui ne sont plus... le départ est lancé au lever du jour, avec un ciel qui annonce une belle journée.



"arriver frais en haut du glacier"

La stratégie est simple : se placer correctement pour ne pas perdre de temps au premier single. J'aborde donc les 4 premiers km à environ 4'30/4'40 au km. Ça déroule bien, je suis confortable et ne monte pas dans les tours (ce serait idiot à ce stade). Natacha & Bruno ne sont pas loin comme prévu. Tout roule.

La grimpette commence, je l'aborde en alternance marche course, aux sensations. Certains passages m'imposent la marche. Je gère patiemment en gardant en mire : "arriver frais en haut du glacier".
Ce serait du suicide de tirer les cartouches maintenant.

Aussi, je prévois de suivre le conseil de l'ami Seb (Team Cimalp) : la course commence au 45e km. Je veux avoir du jus pour envoyer sur la fin de course et je m'efforcerais de garder cet objectif en tête tout du long. J'aborde donc les 30 premiers km d'ascension avec patience, et en cherchant à avancer le plus vite possible, tout en étant confortable.

Pris dans mes pensées sur un replat, je me prend les pieds sur un caillou et m'étale... bel avertissement heureusement sans gravité... 

Les grimpettes sont parfois bien raides, mais le public est présent à de nombreux endroits, que d'encouragements ! Ambiance de feu !

Piste de Bob - km14 - 373e - 1h54

Nous arrivons à la piste de Bobsleigh. J'avoue que je l'attendais avec impatience ! Super moment avec du bon rock en fond sonore, un régal :)


Des ailes me poussent dans cette piste, et je monte bien avec un large sourire, moment extra. Une fois le haut atteint, ambiance incroyable avec un peuple massé autour de la piste. Cornes des brumes, cloches, coussins pour applaudir, bannières, une bamba, des appareils photos partout, Hallucinant !!! Une ambiance survoltée qui te met une de ces pêche !!

Nous sortons alors de la piste de Bob pour rejoindre un bout de route où l'on peut dérouler un peu. L'occasion de se reconcentrer après le survoltage de la piste de Bob. J'ai fait mon départ pour me placer, je peux maintenant me mettre avec plus de retenue dans le but d'arriver au glacier en forme.

Une belle rampe de ski nous attend. Bruno l'annonce bien raide. Nous l'abordons avec beaucoup de prudence à seulement la moitié de l'ascension au glacier...

Entre deux discussions, une superbe vue sur le Mont Blanc s'offre à nous :





Sortis de la rampe, on enchaîne sur un single très raide, mais je me sens bien. Puis on retrouve à nouveau Caro & Cyrille, j'ai le moral au beau fixe, c'est top.

S'en suit un petit replat qui nous amène au premier ravito, je déroule et attends Natacha et Bruno sur place. Natacha ayant eu un peu de mal sur la dernière bosse. J'ai eu un peu de mal à manger mes 9BAR... trop sèches. J'ai par contre bien apprécié mes pates de fruits. Je me refais bien avec de l'emmental, amandes, St Yorre...

Plagne centre - km20 - 391e - 2h45

Une fois le plein refait, nous nous regroupons, mais la nécessité d'une pause technique pour l'un des mes partenaires fait que je me retrouve à nouveau tout seul. Alors j'avance tranquillement en me retournant pour voir si ils suivent. Je prend le temps de faire un petit live Facebook en attendant.





Ne les voyant pas revenir, je me décide à repartir un peu plus activement car j'ai laissé passer un bon nombre de concurrents... même si je n'étais pas venu chercher un temps ou un classement... pas envie de trop me laisser faire non plus !

Bref je me régale toujours et ça se voit ! Je peux dérouler un peu sur cette partie en attendant le prochain gros coup de cul. Je recroise Cyrille, notre photographe en chef, au top !

Seulement après ce moment de calme... voila que je fonce vers un gros tas de traileurs...qui se trainent et commencent à bouchonner à l'entrée d'un chemin... 

Je peste de rencontrer le peloton du 26km...et perd du temps bêtement... après avoir brûlé un peu de gaz pour doubler, je me retrouve coincé dans un bouchon à la file indienne pour contourner le lacs des Blanchets... Au moins je fait des photos...









Je démarre ensuite l'ascension vers la roche de Mio sur un large chemin pierreux. Il y a beaucoup de monde et je reste sagement le frein à main tiré.

L'ambiance est au rendez vous : hélico, des spectateurs partout. On ne peut passer que dans un trou de souris, cerné par les spectateurs, ambiance Alpes d'Huez durant le tour de France, ou un lointain cousin Français de Zegama ;)

Roche de Mio - km27 - 419e - 4h09

Je me retourne pour enfin trouver Bruno & Natacha à un lacet plus bas. Parfait, j'ai plus qu'à dérouler jusqu'au ravito suivant, au pied du glacier ! Je décide de les attendre sur place. Je me refais bien, prend le temps de m'alimenter, bien boire pour affronter comme il se doit le dernier gros morceau de l'ascension (que je redoute). Nous repartons à trois, #EnsembleOnVaPlusLoin.






















La montée est longue. Pas par le kilométrage ou le D+ mais plutôt par l'altitude qui joue forcément beaucoup sur les organismes. Je me suis mis en tête d'avancer sans réfléchir, un pas après l'autre... Natacha accuse le coup et Bruno décide de rester pour l'aider. Je continue mon ascension en faisant quelques mini pauses. 

L'ambiance est au calme plat, plus un mot parmi les concurrents, les pas sont lourds et d'une lenteur très marquée.



Sinon, ça se grimpe bien en fait pour un pierrier à 3000 mètres. Faut juste rester calme, ne pas s'affoler et prendre son mal en patience. J'arrive en haut avec une fraîcheur surprenante, surement la tête qui se projette sur la suite que j'attends tant ! J'ai l'énergie pour m'amuser avec le photographe, et je retrouve nos supers accompagnants Cyrille et Caro !

Glacier de Bellecôte - km32 - 513e - 5h24

L'arrivée en haut est sous les encouragements d'un large public venu encourager les coureurs (compte tenu du fait que nous sommes à 3000m). Merci La Plagne qui met à contribution gratuitement ses remontées mécaniques pour l'occasion.






En haut c'est superbe, une vue géniale, de la neige et la joie de passer la mi course !
Je prends le temps de faire une petite vidéo :)









































Mais Natacha et Bruno semblent loin, aussi, je décide cette fois de repartir sans les les attendre. Je ne les reverrais en fait pas avant l'arrivée.

Il nous reste un dernier coup de cul pour atteindre les 3050m d'altitude et s'engager ensuite sur la 2e course dans la course : la partie descendante.

Je profites à fond de l'instant avant de rejoindre la crête et le début de la redescente. Photos, pâte de fruits.





Nous nous dirigeons vers un gros névé en descente. La vue est splendide :





Bon j'avoue : j'étais trop occupé à descendre sur les fesses pour vous ramener des images... 

Je me suis régalé comme jamais ! :D

Les jambes qui commençaient à souffrir un peu ont été instantanément régénérées par une bonne cryo au prix de mains glacées qui mettront quelques minutes à se réchauffer. :) Excellent passage !

A la sortie du Névé j'entame la redescente en me laissant descendre, sans allumer. Je ne veux pas lâcher les chevaux avant d'avoir passé ce col de L'Arpette, réputé ravageur.

A ce stade, le corps est en bon état et la tête suit. Je me projette sur le coup de cul assassin à venir et les 20 derniers km que je ceux courir !







Je refais le plein au ravito en bas du glacier et repars en direction de l'Arpette !
La suite ; une longue descente avec la main sur le frein. Je suis focalisé sur mes 20 derniers km où j'ai hâte de pouvoir enfin envoyer.

Je le comprendrais quelques jours après, mais c'est précisément là que j'ai fait une première belle erreur.

Chalet du Carroley - km40 - 479e - 6h41

J'atteins le chalet en forme, je passe le point d'eau et gratte un bon nombre de coureurs resté à remplir leurs bidons. Le soleil commence à taper, on est exposés. Bref je débute l'ascension à bon rythme, concentré, et plein d'entrain afin d'en découdre avec le col de L'Arpette que l'on commence à deviner.

Arrivé au lac du Carroley, je mouille mon buff. Je sens que ça commence à taper et préfère jouer la prudence. Je suis à la moitié de l'ascension environ et il me reste le dernier coup de cul pour passer le bouzin.

Et là c'est le grain de sable. Je cale. Je décide de m'arrêter m'assoir 2min pour mange un bout, même si je pense que ce n'est pas le problème. Je me rends compte que je suis finalement plus entamé que prévu... Je reprends pourtant pas mal de coureurs comme je le souhaitais, mais ça cloche.

Ce qui se passe ? La tête commence à me lâcher. Mais ce n'est pas encore le point de rupture. Je repars et finis mon ascension.

Elle était dure oui. Mais j'ai pu repartir en courant, beaucoup moins vite que ce que j'espérait...

Col de l'Arpette - km42 - 454e - 7h10

Je décide alors de faire au mieux sans accélérer comme souhaité initialement. Plan de sauvetage pour satisfaire l'égo quoi. Au delà de la tête, je ne parviens pas à manger ma barre. Et voilà que j'ai la flemme de sortir une autre barre qui serait surement mieux passée. Ca pue. 2e erreur.

Quand je traverse Belle Plagne, je suis hyper concentré, ça commence à être dur. Tellement concentré que je ne vois pas le petit de Greg me tendre la main, et ne reconnais Greg qu'après coup :



Mais je descends pas si mal et continue de reprendre du monde à la vue du ravito de Plagne
Bellecote. Je commence pourtant à être entamé et décide de prendre mon temps pour bien me refaire.

Coup de bol, y a du salé ! un petit paté croûte, deux, trois... et autres joyeusetés. Mes fidèles bananes, fruits secs... je bois bien, recharge... La pluie arrive et un bénévole indique que la fin sera surement sous l'eau... Je remet donc ma veste... et c'est quelques longues minutes (8 min env...) après mon arrivée sur ravito que je repars pour me faire biper.

Plagne Bellecôte - km45 - 472e - 7h36

Je croise alors Caro & Cyrille ! Que ça fait du bien à ce moment ! Je leur dit que je commence à être dans le dur et que j'espère quand même pouvoir passer sous les 10h.

J'ai enfin atteint les 20 derniers km. Mais je ne suis pas en mesure de faire ce que je prévoyais initialement : relancer et envoyer. Doux rêve. Tiens prends ça.

Les 10 kilomètres suivants m'amènent à Montchavin. Je reprends du monde plus mal en point que moi. Je cours par intermittence et me bat avec l'idée de finir sous les 10h.

Monchavin - km55 - 446e - 7h36

Au passage de l'entrée du village un photographe me voyant passer en petite foulée très concentré m'encourage "Allez ça va au bout çà, allez allez !". Touché. Alors que je me bat contre moi même, voila que les émotions montent. Je veux toujours -mordicus- faire sub 10h.

Et puis on rentre sur un single forestier, pas compliqué mais terrible. J'ai plus les ressources pour courir. Mentales je pense. Je fais de longues portions en marchant, l'esprit défaitiste.

Mais y a toujours une pointe qui revient pour dire : "allez bouge toi le cul, tu peux passer sous les 10h si tu le décides"...

Sorti de ce long passage en single, on débouche sur une piste cyclable en bitume. Je me remobilise mentalement mais c'est trop dur, la tête veut pas. Donc les jambes non plus. Elle est franchement horrible cette piste, que c'est long !

Alors je continue à alterner marche/course... jusqu'à reconnaître l'entrée au centre ou je me décide à courir pour finir.

Merci à Mazouth présent à cet endroit, pour tes précieux encouragements ;)

Aime - km65 - 462e - 10h02

J'arrive dans le dur. Pas comme prévu et c'est ça qui est bon.  

Une belle leçon encore sur cette aventure :

"Rester humble et ne pas faire de plans sur la comète, car tout peut basculer en course"

Je le vois avec lucidité quelques jours derrière... c'est ce qui me fait lâcher. Le grain de sable. 

Mais quelque part ça tombe à pic :

C'était ma dernière course de prépa pour mon UT4M, point d'orgues de ma saison. Je l'aborderais donc plus fort, avec plus d'humilité pour la montagne, la distance, et avec moi même probablement.

Ce sport est magique. Par les personnes que l'on rencontre je vous l'avais déjà dit. Mais aussi et surtout par les victoires sur soi, les découvertes et remises en place que la course nous impose.

Bruno est arrivé 30 minutes derrière, suivi de 30 min encore par Natacha qui boucle là son premier trail long. Bravo à vous deux, c'était un régal de partager un bout de chemin ensemble.

La 6000D est une classique du Trail Français. C'est une belle course, avec une ambiance incroyable, de superbes points de vue et une difficulté parfaite pour finir ma préparation. Je reviendrais c'est sur.










J'en profite pour faire une rafale de remerciements :
- Bruno pour son invitation à passer la nuit dans sa loc en lieu et place de ma voiture que je prévoyais de transformer en camping car éphémère :) Et plus largement tout le petit groupe du TRGV pour les bons moments passés pendant et hors course
- Cyrille et Caroline, les SUPER G.O. de cette journée folle. Vos encouragements à chaque point de passage m'ont porté et vos photos sont juste superbes...
- Greg pour ta sympathie, tes encouragements et la logistique de fin de journée :)
- Mazouth pour tes encouragements sur les derniers hectomètres alors que j'étais dans le dur.
- Toute la tribu Kikourou et particulièrement Vik qui a assuré le live sur le Forum
- Tous les supporters sur le net, dingue !!! Merci à vous ça booste !
- Les précieux conseils de Tristan & Laurie TeamEspriTrail, sans compter le sauvetage des pneumatiques ;)
- Cimalp, pour la confiance accordée et car être bien équipé est une très grande aide et permet de se dépasser. Mais aussi le Team Cimalp où règne une émulation collective assez exceptionnelle, même à distance... c'est un plaisir et ça booste !
- Ma petite famille ...
- et tout ceux que j'oublie dans ce CR à J+8 ;)

Merci de me lire et à très vite pour mon baptême d'ultra trail sur l'UT4M 100 Master. Ca s'annonce épique !



Bonus la video 2016 de l'orga :