dimanche 21 juin 2015

Trail du Gévaudan : la bête s'appelle tendinite

Pour ceux qui n'ont pas suivi, j'ai gagné un dossard via RunningHeroes, et je me suis donc inscrit sur le Trail du Gévaudan, ce 13 Juin : 48km pour 1650D+. Roulant sur le papier, malgré un nouveau parcours durci d'après ExtraSport (l'organisateur).

Vu les difficultés parcourues avec succès depuis le début de l'année, je suis confiant et me dit que ce profil roulant sera un bon test de vitesse sur du long, dans des proportions proches de la SaintéLyon en mire pour la fin d'année. (peut être...).
Bref je prévois un temps sympa mais plutôt cohérent , entre 5h30 et 6h00 si tout va bien.

Peu de monde inscrit cette année, c'est assez étonnant. seulement une centaine au départ pour ce 48 (pas mieux pour le 70 d'ailleurs). Le changement de date (Septembre -> Juin), la météo des derniers jours & la hausse des difficultés auront peut être fait fuir les coureurs...

Le départ est donné à 9h de Monistrol d'Allier, qu'il faut rallier en navette depuis le Puy en Velay, en ayant au préalable récupéré le dossard entre 6h et 7h... Bon. Réveil 4h, départ 4h30 de la maison. Ca roule évidemment bien, je double un max d'Allemands/Hollandais en descente dans le Sud.
Arrivée au Puy en Velay après avoir roulé dans un épais brouillard/nuage : ça meule : 7°C. Tendu pour courir en Tshirt mais je me dis que ca va se réchauffer et mets don juste une veste par dessus pour attendre.

J'arrive bien en avance... à l'ouverture pour prendre mon dossard. Je récupère la dotation (sympa d'ailleurs) : Chaussettes Compressport (restait plus que du 40/42 ou 46...) et un très beau buff aux couleurs du St Jacques.

Retour voiture au chaud et je me décide à rejoindre la navette en grelottant.

On arrive à Monistrol d'Allier à 8h, lieu du départ.
Après avoir attendu au chaud dans la salle communale, je me décide à rejoindre le départ donné sur le pont Eiffel qui enjambe les gorges de l'Allier en contre-bas.

Le soleil a percé, exit les nuages. La vue est dégagée !
Superbe !


Spot de départ à tomber non ? :)



Pont Eiffel, on part du bout en face.




Il y a toujours un trailer sympa pour faire une photo : Merci !



Trêve de plaisanterie, le speaker fait l'appel sur la ligne, allons nous préparer !
L'ambiance est détendue, la soleil réchauffe, bref on est bien !

9h00 départ donné (toutes les distances du St Jacques partent au même moment).
C'est parti, je pars tranquillement dans le premier quart afin de ne pas avoir d'ennuis en montée. Ca démarre direct par une côte type bitume, c'est large donc pas de problème. Je monte en courant, à mon rythme et en mode "je donne pas tout car un vient de partir".

On débouche ensuite sur un sentier très caillouteux, cerné par les hautes herbes. sympa.
Arrive ensuite la première difficulté, crainte par tous : la montée de rochegude. On m'avait prévenu et je confirme, ca monte bien mais le chemin reste gérable (pour un début de course).

20/25% de cote. On fait pas le fou non plus hein...
On croise quelques randonneurs qui font le St Jacques dans le bon sens. Super sympa. On s'encourage mutuellement. Rigolo.


Ensuite on file sur St Privas d'Allier. On parcours une très belle section roulante de 4/5km alternant chemin pierreux, passages en sous bois, hyper agréable.

Je passe le premier check point qui publie un statut live (facebook). Je suis bien malgré ma petite gêne habituelle coté gauche de la hanche. Je me dis que ca va aller comme d'hab' d'autant que je suis super frais : 56min et quelques pour 7km et 400D+ de torchés, je me suis vraiment pas cramé. On est bien et il reste du chemin !

Ma stratégie à ce stade : viser le 20e km au point culminant (1430m) avant de lâcher les chevaux, le profil est descendant, tout bon pour moi !

On arrive ensuite au premier ravito au 7e km de course. Je passe juste prendre une demie banane et je redécolle.

On repart ensuite sur un segment en descente avant d'entamer la dernière (grosse) ascension de la course. Dans la descente, ma gêne devient plus importante. Mais je ne m'affole pas. Je reste sur mon rythme sans forcer, d'ailleurs en descente, je m'amuse :)

Petite pause photo au cours de la redescente : vue superbe sur les gorges de l'Allier :






On arrive ensuite en contre bas et on traverse un très beau ruisseau qui se jette dans l'Allier. Re pause photo (ouais j'avais dis cool sur les 20 premiers km).



10e km, on enchaîne sur la grosse hostilité de la course une ascension qui nous mènera de 640m à 1430m d'altitude. Ca va piquer. Et pour cause. C'est ici que se situe la modification majeure du parcours, là où l'orga a décidé de durcir le parcours. Je confirme ça pique.

On se mange plusieurs ascensions sur du chemin qui n'en est pas un. A certains passages on a l'impression que ce sont les traileurs qui ont fait la trace. On grimpe droit dedans !

Beaucoup de passages à 20/30%, au soleil. une petite pause médiane avec une pente de quelques 10aines de %. Ma hanche se rappelle à moi et la gêne devient plus grande.

Je tente de faire bonne figure mais ça ne va pas et je le sais. Je suis inquiet, "heureusement" sur un faux plat montant, je gère ma foulée (compensation...c'est mal) et me fixe comme objectif le prochain ravito qui approche au 16e.


J'y parviens. C'est le mot. Base de pompiers, il y a des quads, 4x4 et autres (un signe ?)... je prends mon temps au ravito. Je ne veux pas abandonner, pas si facilement.
Je m'étire comme si cela allait régler mon problème. Et je repars, je veux pas me projeter sur un abandon.
Je boitille, je le sais et je compense en modifiant ma foulée. Ce n'est pas bon mais je me dit que le profil bientôt descendant sera avec moi. Je repars donc, avec mes doutes. La gêne est forte.



Le décor est superbe, on y voit à perte de vue. La verdure des alentours contraste avec les chemins rouges volcanique. Comme pour m'économiser je m'arrête prendre une photo à regarder plein écran.

Cette longue ligne droite en faux plat montant m'a terriblement fait cogiter.
"Tu vas pas abandonner faut pas déconner c'est qu'une gêne et t'arrives encore à avancer"
"Focus sur le pas suivant, voila, t'y arrives, donc tu continues"
"Passé le 20e km c'est de la descente et donc du bonheur, ça va le faire !"
"Abandonner, alors que t'es pas à l'agonie, pfff quelle image tu donnes"
"Et si ma gêne était osseuse ? c'est peut être sérieux, je veux pas être arrêté 6 mois"
"non c'est l'insertion du quadri."
"non c'est une tendinite..."
"fais ch##r j'ai du jus à fond..."

Je vous passe le reste du même acabit, ça défile à un train pas croyable : Voilà que je négocie avec moi même !

Et ca marche ! Je me fixe ce P#T### de 20e km et la suite, descendante.

Dernière côte au 20e km ; environ 25% de pente. Je peine à monter la jambe gauche. Mais je monte et je perds pas tant de places que ça. Je me dit que je suis encore dans le coup malgré mes soucis pour assurer un 5h30 / 6h00... cool, si ça roule comme prévu en descente. Je tiens le coup et arrive en haut. Enfin !

Petit replat, gêne forte mais je me dit que ça va passer en déroulant les jambes sur la descente qui arrive. Je bipe mon dossard au checkpoint... c'est la descente !

Mais la gêne devient alors une douleur : Je sens des éclairs à la hanche quand je pose le pied. Je persiste en mode super soft... J'ai mal. Je ralentis encore. J'ai mal !!!

Je me mets donc à marcher. en me disant que ca va revenir... mais à chaque tentative de reprise je ne peux pas enchaîner une simple seconde foulée... terrible. Le moral est en berne mais je prends mon mal en patience... en me disant que ça ira peut être mieux dans un moment.
Chaque essai aura donné le même retour à la marche, en boitant un peu plus à chaque fois.

Il y a des douleurs que l'on sait gérer car on les sait normales dans la course et l'effort en cours. Mais certaines ne le sont pas et au fond de soi, j'ai craint de faire une connerie.

"ok, c'est pas une douleur normale"
"Je ne veux pas être arrêté 6 mois sans pouvoir courir."
"Il faut savoir être raisonnable pour durer"
"Un premier abandon est une expérience qui renforce"
"Bon...ok. J'abandonne au prochain ravito."
"Et tout ce monde qui me suit sur le live..."
"Quelle déception..."

Voilà voila... J'ai donc marché jusqu'à 27km. Frais comme un gardon. Mais je boitais vraiment et ça faisait mal.

Un grand merci aux bénévoles qui m'ont récupéré, merci pour la bière de l'abandon en attendant la navette.

Larmes à l'oeil plusieurs fois, ego blessé ou frustration surement... mais pas une larme n'aura coulé.
L'hydratation c'est précieux !

L'histoire s'arrête cette fois à Ramourouscle, Gameover.

Je reviendrais et ça sera pas pour boiter...

EPILOGUE :

De retour au Puy en Velay par la navette, j'ai officialisé mon abandon et je suis allé à l'ostéo à l'arrivée sur les conseils de bénévoles.

Merci, merci merci, mille mercis à eux ! C'était la bonne idée :
Pour l'ostéo ca semble être une tendinite du moyen fessier. Il a détecté un léger décalage à la hanche pouvant expliquer mes soucis (surtension du tendon). Une fois remis en place, miracle, je marchais sans boiter. Restait juste l'inflammation à faire passer. Ce sera repos avec l'autorisation de reprendre aux sensations.

Il m'a dit que j'avais bien fait de m'arrêter et que savoir s'écouter est une qualité qui prouve que je me connais déjà bien. Dans un moment comme celui là, ça rassure et aide à avaler la lourde décision de l'abandon.

J'ai pas tout perdu dans l'histoire, j'ai finalement beaucoup appris. C'est dur, mais c'est çà aussi le Trail. Il me fallait un jour moins bon que ceux que je vis depuis le début de l'année. Il est passé !

A une semaine de cette aventure, j'ai pu refaire une sortie vélo, et je ne sens plus aucune douleur.
J'ai prévu de tester un run à plat dans les prochains jours... on verra les sensations... je ne veux pas aller trop vite pour reprendre de plus belle ;)

A bientôt et merci pour le suivi, les encouragements, et les petits mots ! Ça compte vraiment !


2 commentaires:

  1. Bravo pour les photos.
    Le vrai courage c'est aussi de savoir abandonner.

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    1. Merci Stéphane :) Le premier abandon est vraiment difficile mais il était à priori raisonnable et justifié. J'ai pu reprendre rapidement grâce à cette dure décision ! On en sort plus fort au final, à condition de se connaitre et savoir s'écouter pour avoir une bonne lecture de ce qu'on vit... une sacrée bonne expérience :)

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